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Lille, France: Call for papers, « L’ORDRE SOCIAL NOCTURNE EN QUESTIONS. REGULATIONS POLITIQUES ET DISPOSITIFS DE CONTRÔLE »

APPEL A COMMUNICATIONS

 ST 48 « L’ORDRE SOCIAL NOCTURNE EN QUESTIONS.

REGULATIONS POLITIQUES ET DISPOSITIFS DE CONTRÔLE »

 Thomas ALAM, CERAPS-Lille 2 – thomas.alam-3(a)univ-lille2.fr

Sidonie VERHAEGHE, CERAPS-Lille 2, ATER – sidonie.verhaeghe(a)orange.fr

 Cette section thématique entend interroger la nuit en tant que séquence temporelle porteuse d’enjeux sociaux et politiques spécifiques. Si différents historiens, anthropologues et géographes (Durand 1969, Ginzburg 1984, Melbin 1987, Verdon 1994, Deleuil 1994, Delattre 2000, Gwiazdzinski 2005, Cabantous 2009, Di Meo 2011) se sont efforcés d’analyser les singularités de la vie nocturne (dans les espaces urbains notamment) et les problèmes ainsi posés aux pouvoirs publics, les sciences sociales ont jusqu’à présent trop peu investi l’étude de ce qui se joue la nuit, à l’exception de quelques travaux focalisés sur les pratiques festives (Hadfield 2006, Salomon 2007, Allemand 2010, Hae 2011, Evans 2012, Bordin 2012) ou sur les contraintes du travail de nuit (Ladsous, Pachès 2004). Implicitement définie comme le temps de l’inactivité, du repos ou de la fête, la nuit a dès lors été rarement définie comme objet de recherche à part entière et/ou comme « moment » propice à l’observation sociologique. Bien évidemment, cette observation mériterait d’être nuancée par la mise en regard d’autres formes de « modernités » que celle des sociétés démocratiques occidentales (largement) sécularisées. L’exercice ferait sans doute apparaître d’autres formes de politiques de la nuit, à travers la centralité des pratiques oniriques dans les choix quotidiens et politiques des Indiens Zápara (Bilhaut 2011), les croyances associées à l’occultisme et à la magie noire, au fondement des légitimités du pouvoir des sorciers Douala (de Rosny 1981), des conseillers des dirigeants indonésiens (Bertrand 2002), des chamanes Otomi (Galinier 2011) ou encore l’anthropophagie symbolique des sorciers camerounais à des fins économiques – « sorcellerie de la richesse » et exploitation nocturne des « zombies » chez Peter Geschiere (1995) – pour ne citer que quelques exemples.

Pour autant, concevoir la nuit en tant qu’objet de questionnements sociologiques et politologiques ne va pas de soi. Il faut notamment s’affranchir de toute approche naïvement objectiviste qui poserait que l’entrée dans les « heures sombres » produirait, en soi et de façon mécanique, un basculement homogène dans l’espace et dans le temps. Il s’agit, au contraire, de saisir dans quelle mesure la nuit est construite (ou non) comme un problème par les acteurs institutionnels et met en jeu, selon les territoires, des modalités spécifiques d’arbitrage des intérêts en présence et d’interventions des pouvoirs publics. Quelles sont les définitions concurrentes de la nuit ? A quelles occasions et dans quels espaces sociaux apparaissent-elles ? Par qui et comment sont-elles arbitrées ? Saisir les différentes « nuits » implique d’analyser les acteurs sociaux et institutionnels en présence ou en lutte dans la définition de la nuit et de ses usages. Autrement dit, il convient d’identifier comment le passage du jour à la nuit est susceptible de reconfigurer les rapports sociaux, de transformer les modalités d’occupation des espaces publics, de générer des clivages singuliers (noctambules bruyants vs. riverains soucieux de profiter du calme de la sphère domestique), d’entraîner une redéfinition des comportements légitimes, bref de mettre en opposition différentes conceptions de l’ordre social nocturne. L’objectif de cette ST est donc de s’intéresser à la production de cet ordre, à travers deux axes principaux : la régulation de la vie nocturne et l’inscription spatiale des rapports sociaux.

  1. Politiques publiques et régulation des pratiques nocturnes.

Il convient tout d’abord de se demander comment les institutions politiques agissent la nuit et régulent la vie nocturne. Il s’agit, d’une part, d’analyser l’activité des protagonistes qui contribuent à la production, à l’entretien et aux tentatives de subversion de l’ordre social nocturne. Patrons de bars ou de discothèques (eux-mêmes divisés en collectifs dont les principes de regroupement tiennent à la composition sociale de leur clientèle ainsi qu’aux activités proposées), associations de riverains, clients des établissements, municipalité qui se décline en services aux perspectives potentiellement divergentes (culture, vie nocturne, ordre public), police nationale, préfecture, etc. forment autant d’acteurs dont les logiques d’action et de mobilisation doivent être prises en compte pour parvenir à mettre au jour les conditions de production et d’évolution de l’ordre nocturne. Il faut, d’autre part, étudier la nature des transactions potentiellement collusives entre ces différentes catégories d’acteurs et leurs effets sur l’évolution des normes édictées par les pouvoirs publics pour encadrer le marché des espaces de sortie nocturne, réguler leurs activités et définir l’acceptabilité sociale et policière des pratiques de leurs clients.

Plus généralement, le cadre temporel de l’action publique pertinente est-il toujours calé sur un découpage entre le jour et la nuit ? A quelle(s) occasion(s), à quel(s) endroit(s) et sous quelle(s) forme(s) la nuit fait-elle son apparition ? Dans quelle mesure les pouvoirs publics et les acteurs engagés dans la régulation de la vie nocturne participent-ils de la définition des frontières entre, d’un côté des pratiques tolérées mais encadrées (la consommation d’alcool notamment), et de l’autre côté des pratiques consacrées comme déviantes par les pouvoirs publics qui cherchent alors à édicter des normes permettant de les exclure de la ville ?

  1. Nuit, spatialité, mixité

La nuit comme enjeu est-elle systématiquement une opposition entre le sommeil des uns et les activités festives des autres (Gwiazdzinski 2005) ? Cette logique mérite d’être interrogée en abordant la proximité spatiale et du même coup la mixité sociale dans les espaces publics et les lieux de sortie. Si la nuit est objet de régulation, c’est notamment parce qu’elle a ses « scènes » (la boîte de nuit, le club, la maison close ou la « rue de la soif »), mais aussi ses publics. Or la nuit et les pratiques qui lui sont associées sont souvent perçues comme abolissant les différences sociales (Daneau 2012). La convivialité dont elles sont le siège serait – par opposition au temps diurne du travail qui incarne le lieu de la hiérarchie sociale – vectrice de communion. Plutôt que de considérer a priori que nous serions tous identiques et égaux dans nos pratiques récréatives et festives, ce second versant de la ST vise à interroger les diverses appropriations spatiales de la nuit.

Il est donc nécessaire de penser l’inscription dans l’espace des inégalités d’accès aux lieux publics : sous cet angle, la nuit apparaît alors aussi comme un espace de conflits entre l’usage de la liberté de circulation des uns et les relatives (im)mobilités des autres. En effet, la nuit apporte un éclairage particulier sur les rapports de domination qui se jouent dans les espaces publics et affectent les mobilités. Il s’agit alors d’interroger une asymétrie du « droit à la ville » (Lefebvre 2009) où les sorties nocturnes sont marquées par les rapports sociaux de sexe, de sexualités, de classe, de racialisation et d’âge (Koskella 1999, Bacqué, Fol 2007, Lieber 2008).

Les propositions de communication (1500 signes) pourront se situer à la croisée de plusieurs sous-champs de la science politique et de la sociologie : sociologie urbaine, sociologie de l’action publique locale, ou encore sociologie du genre. Il s’agira de construire une réflexion sur la production de l’ordre social nocturne à partir d’enquêtes empiriques, de nature monographique ou comparative, à l’échelle locale ou nationale, dans une perspective contemporaine ou sociohistorique. L’ouverture à d’autres formes de « modernité » politique que celle des démocraties occidentales sera évidemment la bienvenue.

Bibliographie :

ALLEMAND R., « De la mystification des pratiques à la négation du réel ? Ethnographie de discothèques montpelliéraines », Déviance et Société, 1, vol. 34, n°1, 2010, p.29-48.

BACQUE M.-H., FOL S. « L’inégalité face à la mobilité : du constat à l’injonction », Revue suisse de sociologie, vol. 33, n°1, 2007, p.89-104.

BERTRAND R., Indonésie : la démocratie invisible. Violence, magie et politique à Java, Paris, Karthala, 2002.

BILHAUT A. –G., Des nuits et des rêves. Construire le monde zápara en Haute Amazonie, Nanterre, Société d’ethnologie, 2011.

BORDIN G., On dansait seulement la nuit. Fêtes chez les Inuits du nord de la Terre de Baffin, Nanterre, Société d’ethnologie, 2012.

CABANTOUS A., Histoire de la nuit (XVIIe-XVIIIe siècles), Paris, Fayard, 2009.

CHALLEAT S., “Sauver la nuit”. Empreinte lumineuse, urbanisme et gouvernance des territoires, Thèse de doctorat de géographie, Dijon, Université de Bourgogne, 13 octobre 2010.

DANEAU A., « Le discours d’une “fête ouverte” relève d’un mythe bien fait », Culture DJ, 30 avril 2012, http://culturedj.owni.fr/2012/04/30/interview-dalexandre-daneau-sociologue-officiel-de-la-nuit-le-discours-dune-fete-ouverte-releve-dun-mythe-bien-fait/

DELATTRE S., Les douze heures noires : la nuit à Paris au XIXe siècle, Paris, Albin Michel, 2000.

DELEUIL J.-M., Lyon la nuit. Lieux, pratiques et images, PU de Lyon, 1994.

DE ROSNY E., Les yeux de ma chèvre. Sur les pas des maîtres de la nuit en pays douala (Cameroun), Paris, Plon, 1981.

DESJEUX D., CHARVIN M., TAPONIER S. (dir.), Regards anthropologiques sur les bars de nuit. Espaces et sociabilités, Paris, L’Harmattan, 1999.

DI MEO G., Les murs invisibles. Femmes, genre et géographie sociale, Paris, Armand Colin, 2011.

DURAND G., Les structures anthropologiques de l’imaginaire, Paris, Bordas, 1969.

ESPINASSE C., HEURGON E., GWIAZDZINSKI L., La nuit en question(s), Prospective d’un siècle à l’autre, La Tour d’Aigues, éd. de l’Aube, 2005.

EVANS G., « Hold back the night : Nuit Blanche and all-night events in capital cities », Current Issues in Tourism, vol. 15, n°1–2, 2012, p. 35-49.

FLEURY A., « De la rue-faubourg à la rue “branchée” : Oberkampf ou l’émergence d’une centralité des loisirs à Paris », L’Espace géographique, vol. 32, n°3, 2003 p.239-252.

GALINIER J., Une nuit d’épouvante. Les indiens Otomi dans l’obscurité, Nanterre, Société d’ethnologie, 2011.

GESCHIERE P., Sorcellerie et politique en Afrique. La viande des autres, Paris, Karthala, 1995.

GINZBURG C., Les batailles nocturnes. Sorcellerie et rituels agraires au XVIe et XVIIe siècle, Paris, Champs Flammarion, 1984.

GUIBERT G., « Les musiques amplifiées en France. Phénomènes de surfaces et dynamiques invisibles », Réseaux, 2007, 2-3, n° 141-142, p.297-324.

GWIAZDZINSKI L., La nuit, dernière frontière de la ville, Paris, éd. de l’Aube, 2005.

KOSKELA H., Fear, Control and Space: Geographies of Gender, Fear of Violence, and Video Surveillance, Publications of the Department of Geography, A 137, University of Helsinki, 1999.

HADFIELD P., Bar Wars: Contesting the Night in Contemporary British Cities, Oxford, Oxford University Press, 2006.

HAE L., “Gentrification and Politicization of Nightlife in New York City”, ACME: An International E-Journal for Critical Geographies, vol. 11, n°3, 2011, p. 564-584.

LADSOUS J., PACHES V. (dir.), Le travail de la nuit, Paris, CEMEA, 2004.

LEFEBVRE H., Le droit à la ville, Paris, Economica, 2009.

LIEBER M., Genre, violences et espaces publics. La vulnérabilité des femmes en question, Paris, Presses de Sciences Po, 2008.

MALLET S., « Paysage-lumière et environnement urbain nocturne », Espaces et sociétés, 2011/3, n°146, p. 35-52.

MELBIN M., Night as Frontier. Colonising the World after Dark, New York, Free Press, 1987.

MASSE B., « Rites scolaires et rites festifs : les « manières de boire » dans les grandes écoles », Sociétés contemporaines, no 47, 2002/3, p.101-129.

SALOMON C., « Jungle Fever. Genre, âge, race et classe dans une discothèque parisienne », Genèses, n°69, 2007/4, p.92-111.

VERDON J., La nuit au Moyen Age, Paris, Perrin, 1994.

ZUKIN S., « Où sont passés les cafés du coin? », Ethnologie française, vol.36, n°4, 2006, p.749-752.

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